L’IP Tracking alimente le flou sur le marché de l’e-tourisme : peut-on réserver son voyage sur Internet sans être fliqué ?

06 sept. 2013 | Posté par Aurélie Krau

L'IP tracking au service des stratégies marketing des e-marchandsLes agences de voyages en ligne sont pointées du doigt. Si Internet est perçu comme un canal fiable pour trouver les meilleurs tarifs, en dénote la montée de l’e-tourisme, avec plus de 11,45 millions d’euros de chiffres d’affaires en ligne en 2012 (source JDN), c’est sans compter sur une pratique qui fait débat : l’IP Tracking. Pour provoquer la vente, certains sites web moduleraient le prix proposé à l’internaute en fonction de ses recherches en ligne antérieures.

Quels sont les impacts ? Décryptage…

L’e-tourisme, le terrain de jeux idéal des e-marchands qui multiplient les pratiques visant à booster leurs ventes en ligne

La toile foisonne d’agences de voyages en ligne où l’on peut réserver en quelques clics. Il est très facile d’y comparer les prix, notamment avec les nombreux infomédiaires et comparateurs positionnés sur ce créneau.

La généralisation de l’e-tourisme a rendu les internautes de plus en plus familiers avec certaines pratiques commerciales, notamment le yield management (ou revenue management) qui consiste à faire varier les tarifs en fonction de la période, de la demande et du taux de remplissage. En effet, cela ne surprend plus de voir un jour une nuit d’hôtel à 120 euros par exemple, et de voir son prix augmenter ou baisser le lendemain.

En parallèle, le webmarketing tout comme le Social Media Marketing, qui consiste à utiliser les médias sociaux comme des leviers marketing, se sont développés de manière considérable, au point que les internautes soient constamment sollicités.

Cependant, les acteurs de l’e-tourisme ne font pas particulièrement preuve de transparence et les rouages de ces pratiques ne sont pas connus : on n’a pas d’idée précise des inventaires et des disponibilités des prix d’appel (par exemple : on ne sait pas combien de billets Prem’s la SNCF ouvre à la vente), au même titre que les pratiques webmarketing peuvent paraître intrusives car on ne sait pas toujours précisément quelles données sont analysées par les e-marchands pour gérer la publicité contextuelle, qui est la plupart du temps fondée sur des cookies ; les autorités souhaitent d’ailleurs donner aux internautes davantage de contrôle sur ces fichiers-valises qui collectent les informations de navigation.

Vient s’ajouter une nouvelle composante : l’IP Tracking, une pratique qui consiste à moduler le prix d’une prestation en fonction du comportement d’un internaute, et ce grâce à l’adresse IP.

Au final, l’internaute se retrouve au milieu de cette spirale…

L’IP Tracking, un levier marketing pour encourager les ventes… Mais à l’avantage de qui ?

Qu’est-ce que l’IP Tracking ?

Lorsque l’on évoque l’IP Tracking, il s’agit de pratiques se basant sur l’adresse IP des internautes. L’adresse IP constitue un numéro unique attribué à chaque ordinateur, ce qui permet de l’identifier et de connaître les utilisations faites à partir de ce terminal.

Il existe plusieurs variantes de l’IP Tracking :

  • Le prix augmente lorsque l’internaute effectue la même simulation de vente sur un site web plusieurs fois consécutives,
  • Le prix fluctue en fonction de la localisation géographique de l’internaute,
  • Certains e-marchands (notamment américains) poussent la pratique au plus extrême et incrémentent les prix si l’internaute surfe à partir d’un Mac (qui répond à une adresse unique spécifique), jugeant que le prospect/client a un pouvoir d’achat à plus fort potentiel.

L’objectif est clair : susciter l’acte d’achat.

La première variante est la plus répandue sur le marché de l’e-tourisme et s’applique particulièrement à la billetterie. Lorsqu’un internaute effectue une recherche de billet d’avion par exemple, le système enregistre les critères de recherche (notamment dates, lieu de départ et d’arrivée), et l’associe à l’adresse IP du terminal, qu’il s’agisse d’un ordinateur ou d’un smartphone. L‘e-marchand propose un prix A à l’internaute. Supposons que l’internaute ne transforme pas la vente lors de sa première visite, et retourne sur le site Internet ultérieurement pour effectuer la même recherche. Le système, qui a gardé en mémoire sa requête, sera ainsi capable de l’identifier, et l’e-marchand va proposer un tarif supérieur B à l’internaute, le laissant ainsi penser que le nombre de places disponibles a diminué.

Pour un internaute, ceci porte à confusion. Comment démêler le vrai du faux ? Dans quelle mesure peut-on considérer ces pratiques comme réglementaires ? Quelles polémiques cette pratique de l’IP tracking soulève-t-elle ?

L’IP Tracking soulève un certain nombre de problématiques

Des pratiques commerciales jugées déloyales

Il apparaît que l’IP Tracking peut porter préjudice à certains internautes dans la mesure où ils se voient appliquer des tarifs moins avantageux en fonction de leur profil de navigation.

En effet, un client X ne bénéficiera pas du même tarif qu’un client Y, peu importe le contexte d’achat et sa fidélité au site web.

Le marché français serait encore épargné, la SNCF ou Air France ayant déclaré ne pas pratiquer l’IP tracking, mais cela soulève des problématiques d’un autre ordre.

Des pratiques qui alimentent le Big Data

Le Big Data, ou volumes massifs de données, désigne le gisement d’informations issues du net. Selon IBM, 90% des données dans le monde ont été créées au cours des deux dernières années seulement. Ces données proviennent de partout : de capteurs utilisés pour collecter les informations climatiques, de messages sur les sites de médias sociaux, d’images numériques et de vidéos publiées en ligne, d’enregistrements transactionnels d’achats en ligne(ce qui nous intéresse de près ici), et de signaux GPS de téléphones mobiles, entre autres.

Pour un acteur de l’e-tourisme, l’IP Tracking donne accès à une mine de données stratégiques. L’avantage majeur vient du fait de pouvoir obtenir des données comportementales, même si l’internaute n’est pas connecté à son compte en ligne ou au travers d’un programme de fidélité.

Le Big Data crée ainsi un certain nombre d’opportunités pour un e-marchand, qui dispose d’un réel gisement de données qu’il est possible de croiser à volonté. Cela se traduit entre autre par la géolocalisation de l’internaute, la visibilité sur tout son historique de navigation, c’est-à-dire les pages qu’il a visitées, ainsi que la visibilité sur tout l’historique des recherches effectuées…

Cependant, ce modèle a ses limites dans la mesure où certaines pratiques constituent une exploitation de données personnelles. Autant dire que les organismes tels que la CNIL veillent au grain…

Des pratiques qui ravivent le débat sur l’exploitation des données personnelles

L’adresse IP fait référence à un numéro unique associé à chaque ordinateur sur le réseau, qu’il soit privé ou bien public (Internet notamment). Ce numéro permet de remonter jusqu’au détenteur de l’abonnement Internet et constitue donc une donnée personnelle.

Avec l’IP Tracking, les internautes sont tracés et profilés à partir de leur adresse IP. Là encore, la CNIL veille au grain…

Pour conclure

En tant qu’internaute, pour déjouer tout pistage, l’idéal serait de réaliser ses recherches de voyage à partir d’un terminal, et d’effectuer l’achat depuis un autre, qui n’est donc pas relié à la même adresse IP et sur lequel il n’y a pas de cookies. Les plus aguerris pourront également opter pour une adresse IP dynamique, qui est souvent une option des FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet).

D’une manière générale, ce type de pratiques observées sur la sphère Internet peut rendre récalcitrants les voyageurs à réserver leur voyage sur le net. La confiance au modèle online peut ainsi s’en trouver quelque peu ébranlée. Qui a dit que le modèle des agences de voyages ‘offline’ était mort ?

4 commentaires sur “L’IP Tracking alimente le flou sur le marché de l’e-tourisme : peut-on réserver son voyage sur Internet sans être fliqué ?”

  • Lepointdevuejuridique dit :

    Bonjour,
    Le ministère de la consommation vient de se prononcer (réponse ministérielle du 3 septembre) explicitement sur la licéité de ces pratiques (http://questions.assemblee-nat.....5999QE.htm): en clair, si la différenciation tarifaire via la technique du yield management n’est pas interdite en soi, il en est autrement pour l’IP tracking qui pourrait « remplir les deux conditions fixées par l’article L. 120-1 du code de la consommation définissant les pratiques commerciales déloyales » si le consommateur n’était pas informé au préalable de l’existence de cette technique. Pour rappel, les pratiques commerciales trompeuses sont punies d’une peine maximale de deux ans de prison et de 37 500 euros d’amende. Le ministre a également annoncé que la DGCCRF veillerait au respect de « la loyauté de l’information communiquée aux consommateurs »..

    Cordialement

  • Aurélie K dit :

    Bonjour,
    Je vous remercie pour cet éclaircissement qui apporte des éléments complémentaires à l’article.
    Il faut donc suivre de près le cadre juridique des pratiques telles que l’IP tracking. Les grands acteurs du paysage de l’e-tourisme français ont déclaré ne pas pratiquer le traçage de l’adresse IP des internautes. A suivre :)
    Bien à vous – Aurélie

  • Voyage Way dit :

    L’IP tracking est omniprésent sur les sites de réservation liés au voyage: train, vols, hôtels ou séjours.

    Avec la démocratisation de la 3G, on peut facilement s’en rendre depuis chez soi même pour un novice en comparant entre une recherche via sa ligne ADSL et une recherche via la 3G de son mobile.

  • Aurelie dit :

    Bonjour Voyage Way,
    Officiellement, l’IP tracking n’est pas pratiqué par les acteurs français. Il peut effectivement y avoir des disparités tarifaires en fonction du device que l’on utilise, voire même des heures de recherche. Tout cela à tendance à se noyer dans du yield management.
    Difficile de définir le vrai du faux !
    Vaste sujet :)

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